Le défi d'élever des enfants francophones en Californie

Vous êtes une famille francaise, transportée tout d'un coup en Californie, en baie de San Francisco, au pays ou il fait toujours beau et où non seulement la plus belle végétation, mais aussi l'Internet a fleuri. Comment allez-vous choisir de poursuivre l'éducation de vos enfants? Allez-vous inciter vos chers petits embrasser sans réserve la culture locale: la joie d'etre "outdoors" ( dans la nature), de s'habiller en jogging et en tennis, de consommer sans modération nourritures, services et produits rendus toujours plus accessibles, de regarder les séries et films américains grand public, d'etre scolarisé en "public school" o laisser l'enfant s'exprimer passe bien avant toute préoccupation d'apprentissage livresque? Tentant, non? Assez facile, si le retour en France semble loin, voire absent, ou si l'on pense ainsi donner ses enfants une expérience nouvelle, qui les enrichira....

Disons que vous choisissiez le chemin un peu plus pentu de maintenir votre progéniture au sein de la culture francaise, non pas tant par dévotion pour la mère patrie, mais par simple gout et amour pour cette culture. Il ne s'agit pas uniquement de leur apprendre Montesquieu, Voltaire et Proust, de leur bourrer le crane en quelque sorte, mais plus encore de leur apprendre un certain art de vivre et une approche de la société bien français. Un art de vivre français reconnu et admiré par bon nombre d'américains eux-memes, et une approche de la société issue de notre histoire et de la religion catholique qui tranche par contre complètement avec l'approche ambiante ( meme en Californie dite "liberal"- plutot de gauche!) : une approche peu matèrialiste et, disons-le, collectiviste.

Or, il est difficile d'apprendre à un enfant un art de vivre uniquement via les livres. Où apprendre alors, si tout ce qui vous entoure vous et vos enfants est d'une autre culture?

Plusieurs options s'offrent à vous:

  • Première pensée: l'école.

    Soit, mais l'école bilingue du coin coute $ 14.000 (ou Euros) par an, les francais etant ici en expatriés avec scolarité payée sont des happy few ( parmi eux les enseignants), et les bourses de l'état francais commencent à 4 ans seulement... Plus encore,elles ne sont destinées qu'a ceux qui sont vraiment en situation financière difficile pour la région. A titre d'illustration, cela signifie pour une famille de 4, d'avoir un revenu familial net infèrieur à $ 75,000 par an.. Le chiffre semble élevé vu de France, mais avec 2 enfants dont les frais de garde ou de scolarité sont de $ 10.000 à $15.000 par an tout compris, avec un loyer ou des mensualités de pret immobilier entre $ 2.300 et $ 4.000 et des frais de santé plus ou moins bien couverts, cela ne permet pas de payer ces scolarités.

    Le consulat vous dira qu'il attribue tout de même pour plus de 2 millions de dollars de bourses par an, à 289 boursiers, avec une progression de l'ordre de 3% au cours des dernières années. Le revenu moyen net de ces familles était de $ 40.000, soit pas très loin du seuil de pauvreté. Ils font partie des 1000 étudiants (francais et autres) des écoles bilingues de la région de San Francisco. Les enfants francais de classe moyenne, sont, eux, souvent exclus de ce système.

    D'après les calculs que j'ai pu effectuer à partir des chiffres d'immatriculés au consulat, le taux de scolarisation en établissement bilingue des enfants francais sur la baie de San Francisco serait, au mieux, de 68%, au pire de 10%. (Au mieux car l'immatriculation est une démarche volontaire, et je n'ai pris en compte que les enfants immatriculés).
    Donc, l'école bilingue est la solution 'simple' pour maintenir ses enfants au sein de la culture francaise tout en lui donnant accès a l'apprentissage de l'anglais, mais elle n'est pas une possibilité pour tous, loin de là!

  • Deuxième option: Les Cours par correspondance du CNED:

    Disons que, pour des raisons matèrielles, vous coupiez la poire en deux, et que, ayant inscrit Yvan en école publique californienne, vous lui fassiez suivre les cours par correspondance du CNED en littérature francaise. La, il va falloir s'accrocher. Petit Yvan n'est pas forcément dans l'etat d'esprit, en rentrant de sa journée de jeux et d'expression de soi, de lire avec vous des écrits d'une autre époque, et de faire des rédactions ou diable, des dictées- chose peu répandue dans les écoles californiennes...Et pour vous, cela n'est pas facile non plus d'insister, plusieurs fois par semaine, pour qu'il se concentre sur ces travaux et qu'il renvoie tous les mois son devoir en France- juste avant les bains, le diner et votre temps libre personnel...Et il ne s'agit la que d'une matière! Voila quand même un apprentissage limité et oh combien ardu de la culture francaise...

    D'aide quelconque? Aucune. Pas du consulat, ni du CNED, pour par exemple vous donner les coordonnées d'autres enfants suivant les cours du meme niveau et avec qui vous pourriez vous regrouper...Cela n'est pas leur mission, manque de moyens humains, vous dira t-on. Il ne vous reste plus qu'a passer une petite annonce sur Frenchparents, ou de contacter SFBACC , une association de familles francaises sur la région.

  • Troisième approche: Soit, mais n'y a t'il pas des possibilités d'interaction avec d'autres enfants francais, des manifestations culturelles organisées par le consulat, l'alliance francaise?

    Que neni. Vous souhaitez voir le dernier Truffaut, écouter un accordéoniste ou bien manger et bien boire, l'alliance francaise est à votre service. Le consulat vous enverra voir la derniere exposition d'un auteur francais de mangas, ces BDs japonaises, ou vous fera rencontrer un expert en vin...Ah, la Culture francaise. Celle avec un grand ' C'.

    Mais quid de la culture des plus jeunes? D'une projection de Tintin, d'Astérix et Obélix, d'un spectacle de guignols, d'une lecture de livres francais pour enfants? Le service culturel du Consulat travaille régulièrement avec les jeunes étudiants américains pour organiser des manifestations francophones. Mais avec les jeunes francais ou francophones? La, les instances publiques sont absentes. Les deniers francais sont depensés à l'attention des américains plus que des francais et à l'attention de la génération précédente plus que de celle à venir.

    Restent les associations, enfin deux plus précisemment, qui fonctionnent sans aucune aide publique. SFBACC organise une fois par an une fete de Noel où chants et buffets francais reunissent plusieurs centaines d'adultes et d'enfants autour d'un superbe sapin. Superbe, mais limité Frenchparents, lui, met en contact les adhérents au site s'étant présentés en quelques lignes et relaie l'information sur les 'playgroups' francophones existants, ces cercles de jeux à l'initiative de l'une ou de l'autre où parents et enfants se retrouvent pour que les grands discutent et que les plus jeunes jouent...

    Pour les lecteurs français trop souvent blasés et cyniques, on ne parle pas de s'isoler dans sa Francophonie aux Etats-Unis, mais de tenter de protéger une parcelle de cette culture contre les assauts si séduisants de la culture américaine. Nos enfants auront, selon nos efforts, plus ou moins le loisir de connaitre d'autres héros que ceux des BD, des films et des livres américains, d'adorer le Dieu Argent et les équipes de foot américaines, et de juger la France comme un petit pays un peu trop snob-au fromage qui pue! Ah, la belle Culture Francaise..;-)

    Pour voir ce que nous aimons de la culture et de la vie américaine, cliquer ici(texte en anglais).


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