La Guerre des Dictionnaires? II

Après avoir survolé l'histoire, courte mais mouvementée, des dictionnaires aux Etats-Unis, tournons-nous vers la mère-patrie. La ou plutôt Les guerres des dictionnaires en France eurent un caractère différent...On s'en doutait.

  • La première "guerre" date de la fin 1600 et non du XIXè siècle.
  • Ces guerres ont souvent opposé l'Académie Française à des érudits indépendants, voire au pouvoir lui-mème sous la Révolution de 1789.
  • Elles ont été de nature plus politique qu'économique jusqu'à peu, et plus sanglante aussi, époque oblige!
  • Elles concernaient les élites du pays jusqu'au XXè siècle.
  • Elles sont marquées depuis le XVIIè par un got pour la "pureté" de la langue, qui a induit un certain conservatisme dans le développement de ces ouvrages.
  • C'est au XXè siècle qu'apparaisent des petits formats, et une approche réellement différente de la linguistique, approche qui faisait déjà partie de l'approche adoptée par les américains dans leurs premiers dictionnaires.

    Comme vous brûlez tous de le savoir, voici le scoop: L'Académie Française fut crée en 1635 par le Cardinal Richelieu, avec pour membres un groupe d'érudits et pour mission de veiller au "perfectionnement de la langue française" ainsi que de préparer un Dictionnaire .Qu'advint-il donc lorsque Richelet, un régent de classes élémentaires, reçu avocat mais ayant choisi l'occupation de lexicographe, défia, en 1680, l'interdiction de l'Académie de publier un dictionnaire concurrent en France en le faisant imprimer à Genève? Widerhold, le courageux éditeur genevois ayant pris ce risque, fit livrer un millier d'exemplaires de l'şuvre à Villejuif pour diffusion clandestine en France, mais un libraire informé avertit le syndic, qu fit brûler tous les ouvrages. L'éditeur ruiné et desespéré mourut- dit-on- peu après de chagrin, mais le délataire connut une triste fin lui-aussi, tué par un assassin non identifié. Ce dictionnaire etait l'oeuvre d'un puriste, digne de louange, malgré l'insertion de quelques attaques personnelles et de gauloiseries·
    Ah, du sang, des pleurs, ca c'est la guerre non?

    Mais ce n'est pas tout! Moins sanglant cet épisode mais tout aussi passionné, celui du dictionnaire de Furetière. Furetière était abbé de Chalivoy, près de Bourges, de sa personne, et fut admis à l'Académie Française en 1600 et quelques ( pardonnez-moi, la date m'échappe). Il avait le mot facilement acerbe, ce qui le rendait difficilement supportable, mme aux Immortels, mais était passionné par les travaux menés par l'Académie sur le dictionnaire. Il recopiait d'ailleurs religieusement les delibérations de l'institution- et il y en avait, les travaux du dictionnaire ayant démarré en 1637 et n'ayant toujours pas aboutis en 1680· Lui ne vit pas le scandale que suscita la publication de son Dictionnaire Universel, en 1690, une fois encore à l'étranger- à Rotterdam cette fois-, ayant décédé en 1688.

    Son ouvrage était lui aussi d'une grande richesse. S'opposant à l'Académie, il souhaita y intégrer les termes techniques, arguant qu':" Il est certain qu'un architecte parle aussi bon français, en parlant de plinthes et de stilobates, qu'un courtisan en parlant d'alcoves, d'estrades et de lustres". Par contre les termes de " fécondation" et "sécrétion" en furent omis, alors que "puberté" n'était présenté que comme un terme spécialisé de jurisprudence...
    En 1694, l'Académie accoucha enfin de son propre dictionnaire- dans l'indifférence générale, y compris celle du Roi, las d'attendre, et qui s'était dèjà procuré celui de Furetière.

    Ainsi commence la saga des guerres des dictionnaires en France.. Lire la suite, c'est palpitant!...


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