Pourquoi Internet fleurit-il mieux aux USA qu’en France?
Certes, on pourra dire que la technologie sous-jacente à Internet ( les cables et le protocole de transmission HTTP) ont trouvé leur origine aux USA. Mais le concept du "web”, d'une structure de l'information en toile d'araignée o˘ des liens permettent de "sauter" d'un document à l'autre plutot que de suivre une arborescence linéaire figée. émane d'un anglais travaillant au CERN, à Genève.
L'on pourra arguer que les coûts des télécommunications ont été rendus bien plus abordables aux consommateurs américains qu'aux concommateurs français. Pourtant le coût d'acheter un ordinateur est très proche en France et aux USAÖ Pourquoi, alors, les ménages américains sont-ils equipés à plus de 35% alors que les ménages français plafonnent autour des 20%?
Je vous entends évoquer le fameux MINITEL, mais justement, le MINITEL a été pensé comme un outil utilitaire ou de divertissement grivois, donnant accès à la messagerie rose, à l'annuaire téléphonique et aux réservations ( laborieuses quand même) de billets de train ou d'avion ( Vous connnaissez votre tarif? J-30 ou J-15, famille nombreuse ou carré jeune?).
Qui aurait pensé utiliser son Minitel pour accéder par simple curiosité à de l'information sur tel ou tel thème, produit ou société, pour communiquer par écrit avec des amis distants ou pour échanger des 'bons plans' ou des avis enflamés avec des inconnus voisins ou à l'autre bout du monde?
Apparemment pas les ingénieurs de France Télécom ni les français en général. Et ce n'est pas étonnant. Car la culture américaine et plus encore californienne, celle qui a donné toute son envergure à Internet, est celle de la communication et de l'ouverture. La culture francaise, et plus encore parisienne, est celle du secret, des réseaux d'initiés et comme chez tous les latins, de la rencontre en personne: "Vous connaissez Madame, Monsieur? " Vous êtes qui?", " Mais pourquoi cette demande?", " Vous pouvez passer?", sont des réponses que vous connaissez. Pourquoi développer un réseau qui repose sur la communication libre et ouverte d'information en France alors que les moeurs sont toutes autres?
Cette différence d'approche est flagrante lorsque l'on surfe sur les sites de sociétés privées d'un coté et de l'autre de l'Atlantique. ( Elle l'est un peu moins sur les sites publics, qui font réellement un effort en France). Prenez les sites des services d'au-pairs, tiens, que j'ai scruté recemment. Les sites français donnent quelques généralités sur ce qu'est être au-pair puis invitent à les contacter par téléphone ou par emailÖAucun nom, aucun horaire pour appeler, aucunes précisions sur les profils des jeunes filles au-pairs recrutées par l'agence, sur les régions o˘ elles préfèrent travailler, sur les frais d'agence, etcÖ. Domage, car en général, l'email reste sans réponse et le coup de fil sonne dans le videÖ(Par contre il est vrai que si on a la chance de tomber sur une personne, le contact est chaleureux! Mais que de temps et d'énergie dépensés pour avoir quelques informations de baseÖ)
Un site américain donnera, lui, une foultitude d'informations, y compris ses tarifs, détail qui a son importance quand même et qui permet d'être fixée assez vite sur la meilleure approche à adopter en matière de garde.
Il s'agit d'un exemple parmi d'autres. Trouver tout simplement les coordonnées ( prénom, nom) d'une personne à contacter sur un site français relève en général du fantasme. C'est beaucoup moins le cas sur un site américain. Espérer obtenir quelques précisions par email d'une société ou d'un organisme français, même le plus grand, est aussi une gageure, tant le dédain pour la communication impersonnelle
qu'est l'email (pardon, le "courriel") est grand.
Les services publics français commencent, eux, tout juste à réaliser
l'intérêt d'être en ligne.
Pourquoi, dès lors, s'encombrer d'un ordinateur et d'une connection hors de prix pour surfer en France?
Sur un autre plan, pourquoi acheter en ligne alors qu'il faudra batailler contre une banque ou un commerce français pour obtenir gain de cause en cas de charge abusive. Il suffira de porter plainte aux Etats-Unis pour être a priori recrédité. Le consommateur est très loin d'être roi dans l'hexagone.
Les français ne sont donc pas "effrayés" par Internet, ils ne voient pas trop l'intérêt pour eux qui sont en France, c'est tout!
Heureusement, celles et ceux qui sont aux Etats-Unis peuvent, eux, en profiter à loisir, y compris pour faire livrer des produits en France à leurs proches!
A venir: Les sites de commerce américain comme Amazon.fr vont-ils supplanter les sites de commerce français sur leur propre territoire grace à la qualité de leur prestation client?
