Voici la suite de la narration par Vivian Jacobs, Psychologue, de l’adaptation d’une famille franco-américaine ‘de retour’ (pour l’épouse) aux USA.
L’adaptation aux USA: Aucune tracasserie administrative ni de difficulté de Langue
L’ajustement continue, chacun découvrant à sa façon les jeux uniques d’une expatriation vers un pays que connaissait déjà bien toute la famille. La langue n’est pour aucun d’entre eux un problème ou un obstacle à l’acclimatation. Parler l’anglais est en effet un énorme avantage. C’est d’ailleurs bien pour cela que j’encourage chaque nouvelle arrivée à se donner comme but de repartir en fin d’expatriation, muni d’une deuxième langue parlée couramment.
Notre famille n’a donc pas cette tension subtile de mal communiquer avec les commerçants, sachant facilement quels produits choisir et aussi à quelle température les cuisiner au four. L’obstacle des poids et des mesures fait rire, mais il faut avoir vécu cela pour en apprécier vraiment les conséquences gratinées !( NOTE Frenchparents: Oui, voyez nos Convertisseurs!). Bien entendu, cet avantage facilite aussi à découvrir les médecins, les spécialistes, la banque appropriée, et tous ces reperds nécessaires à la gérance du quotidien d’une famille.
Notre Maman a déjà sa carte de sécurité sociale, son permis de conduire ce qui permet l’achat rapide d’une voiture de taille Américaine. En banlieue impossible d’exister sans voiture. Contrairement à une grande ville, les transports en commun sont pratiquement inexistants, quelques malheureux taxis, peut-être une ligne d’autobus et le train allant vers Manhattan. Les conduites sont obligatoires tous les jours de chaque semaine et retombent le plus souvent sur l’épouse. Elle dépose et reprend son mari à la gare, fais les conduites d’écoles, des activités après l’école, les visites médicales, les courses et j’en oublie certainement. Sans négliger l’importance du sport et donc du nombre infini de stades à découvrir grâce à Map Quest, qui évidement vous amène par le chemin le plus indirecte.
Facilité d’adaptation pour les Enfants et Maintient du Lien avec les Amis Lointains
Les enfants se sont bien intégrés aux classes de l’école américaine, certes un ajustement du point de vue scolaire et ils apprécient les lieux étendus consacrés à la recréation et la décontraction plus grande du rapport élèves- enseignants. Sans oublier le grand plaisir de pouvoir s’habiller en toute liberté, sans penser uniforme ou code de tenue. Ici, l’uniforme est simple ; baskets, jogging ou jeans, tee-shirt et « hoodie », pull avec cagoule.
Grâce à l’Internet et l’usage de Skype, les enfants peuvent communiquer autant que désiré avec la famille de France et avec les amis laissés là-bas. Il est indispensable de leur donner le droit et les encourager à préserver le lien des premiers échanges. Important voire essentiel de ne pas déraciner son enfant . En l’embarquant vers une autre destination, les premiers lieux de l’enfance, tels des racines de chênes, deviennent le fondement sacré de toute une vie.
Cependant les amitiés se forment avec un mélange intéressant de cultures distinctes et les “play-dates” sont vite adoptés car notre Maman connaît bien ce système de réciprocité. Des rencontres entre familles s’organisent aussi et curieusement voilà un déclencheur négatif qui intrus au sein du couple. Pourquoi? Est- ce culturel ? Est-ce cette déprime qui persiste chez l’épouse ? Est- ce un écart qui entame la compréhension au sein du couple ?
La Barrière Culturelle Sournoise du Mode de Réception chez Soi
En effet, l’époux, voudrait lui aussi se faire un cercle d’amis et recevoir dans sa maison dont il est fière avec son côte élégant et cosy. Il demande donc à son épouse d’établir avec lui une liste de noms de voisins, de parents d’élèves, et de collègues afin qu’ils s’y mettent dès le week-end prochain ! Sitôt dit, sitôt fait. Le premier repas s’organise mais catastrophe le courant ne passe pas entre les convives. Deux clans se forment ; français d’un cote, anglophone de l’autre et l’ambiance est pesante. Les sujets de conversations tournent d’un cote de la table sur le sport et de l’autre sur la politique, certes sans polémique mais sans humour aussi. La soirée se termine tôt, ce qui étonne notre mari Français, fort déçu que son bon vin et esprit caustique n’ait pas été d’avantage apprécié.
Faisant le point après cette première tentative le couple commence à se disputer, à se lancer des piques chacun attaquant la culture de l’autre. Cela passe par la façon de se conduire à table, le manque de piment dans l’échange des pensées et des idées ou bien le manque de courtoisie, l’habillement trop guindé d’un cote, trop décontracté de l’autre, la séduction, plutôt le flirt de la voisine de table, etc, etc. Que de différences qui viennent les fouetter en pleine figure. Chacun dans son coin se dit la même chose « je pensais lui faire plaisir, je pensais lui remonter le moral ». Finalement, pleurant des larmes de frustration et en claquant la porte, l’épouse lui crie d’aller s’inscrire auprès de l’association des grandes écoles à Manhattan et comme cela il se retrouvera « entre your pairs sacro-saints » !
L’heure des Doutes: Ai-je bien fait d’épouser un Français, de revenir aux Etats-Unis ?
Triste fin de soirée, le couple se dispute, le couple se vexe, le couple s’accroche, le couple se détache. Le cycle vicieux de la distance s’installe, chacun muré dans son incompris, chacun dans sa solitude. Affolée ma cliente vient me voir le lendemain exprimant sa peur d’avoir fait une erreur monumentale, en épousant ce Français, d’avoir quitté Paris et son job, et d’être allée s’enterrer en banlieue. Cela tourne dans tous les sens, son cœur bat la chamade et elle s’effondre, ayant peur aussi de détruire ses enfants, témoins de tant de chahut. Je lui conseille de faire une pose et de prendre du recul. Il lui faut regarder autour d’elle pour trouver les meilleures sources de réconfort afin de reconstituer au plus vite ses forces intérieures.
J’exprime ma crainte que sinon, la distance entre eux ne pourra plus être cicatrisée. Le désaccord ne sera plus une confusion de vocabulaire ou d’éducation mais bien celui d’un puit sans fond d’incompréhension au stade émotif. Je lui suggère de faire appel à son réseau sur place, à sa famille, et à ses amies d’enfance. Tout son passé qu’elle a évité depuis son arrivée, en fait depuis qu’elle se sent mal. Orgueil ? Pudeur ? Je ne sais, mais je sais que de s’isoler ne peut que lui faire du mal et se projettera de plus en plus sur son couple et sa petite famille. Y arrivera-t-elle ?
Vivian Jacobs LMFT
914-725-6473
Prochain Episode de la saga:
Les Vacances d’été: retour aux sources américaines ou françaises